• 07.04.2026
  • de Dr. méd. Cornelia Steiger
Le diabète sucré : une maladie chronique dans le quotidien professionnel
En Suisse, près d'un demi-million de personnes sont atteintes de diabète de type 2, dont beaucoup sont en pleine vie active. Souvent, la maladie passe inaperçue pendant longtemps. Ce n’est qu’à travers des symptômes non spécifiques tels que fatigue, soif, mictions fréquentes, troubles de la concentration ou infections récurrentes qu’un diagnostic peut être posé. Pour les entreprises, une question se pose : comment reconnaître la maladie à un stade précoce et que signifie t elle pour le quotidien professionnel ? Grâce à des connaissances approfondies, des structures claires et des bilans de santé facilement accessibles, les risques pour la santé peuvent être détectés à un stade précoce et réduits de manière ciblée, ce qui renforce durablement la capacité de travail à long terme. Un bon contrôle glycémique réduit en outre le risque de complications touchant les yeux, les reins, le cœur et les vaisseaux sanguins et contribue de manière significative à un meilleur pronostic à long terme et à une meilleure performance.

Qu'est-ce que le diabète sucré ?

Le diabète sucré est une maladie métabolique chronique qui se manifeste par une augmentation du taux de glycémie. On distingue principalement deux formes de diabète : le type 2 est de loin la forme la plus courante et est fortement lié au mode de vie. Le type 1 est une maladie auto-immune rare qui survient souvent dès l'enfance ou l'adolescence. Le diabète peut également survenir en raison de facteurs génétiques, d’ infections, de médicaments, de troubles hormonaux, de maladies du pancréas ou pendant la grossesse ; on parle alors de diabète gestationnel.

Diabète de type 2 : que se passe-t-il dans l'organisme ?

Chez les personnes atteintes de diabète de type 2, le pancréas continue de produire de l'insuline, mais les cellules de l'organisme (par exemple les cellules musculaires, adipeuses ou hépatiques) ne peuvent plus l'absorber correctement (résistance à l'insuline). Cela entraîne une augmentation permanente du taux de glycémie.

Au début, les personnes concernées ne ressentent souvent presque rien. La maladie se développe de manière insidieuse. À long terme, l’hyperglycémie endommage les vaisseaux sanguins. Cela peut favoriser les maladies cardiovasculaires et affecter les reins, les yeux et les nerfs. Parmi les facteurs de risque on compte : surpoids, manque d’activité physique, stress, prédispositions génétiques et vieillissement.

C'est précisément là que le lieu de travail entre en jeu : les activités sédentaires, les horaires de repas irréguliers, une offre alimentaire déséquilibrée à la cantine ou le travail posté peuvent également aggraver la situation métabolique.

Pourquoi cette question concerne également les entreprises

Si le diabète est bien contrôlé, les collaborateurs concernés sont généralement pleinement performants. Outre la prévention, l'objectif doit donc être le dépistage précoce et un accompagnement adéquat afin d'éviter les absences et les séquelles.

Il est essentiel d'éviter les fluctuations glycémique, en particulier les hypoglycémies, car celles-ci peuvent poser problème, notamment dans le cadre d'activités liées à la sécurité. Le risque d'hypoglycémie dépend du traitement médicamenteux. En cas de traitement à l'insuline, il est important de contrôler régulièrement la glycémie afin d'éviter les hypoglycémies. La plupart des activités restent possibles ; pour les travaux liés à la sécurité (par exemple, conduire, travailler avec des machines ou en hauteur), une évaluation individuelle des risques est indispensable.

Les médicaments modernes, les capteurs de glucose et les systèmes d'insuline automatisés réduisent le risque d'hypoglycémie et facilitent le contrôle. Au quotidien, des horaires de repas réguliers et prévisibles, un espace de retraite (par exemple pour la mesure/l'administration de médicaments) et, si nécessaire, des pauses flexibles sont utiles.

Un diabète mal contrôlé peut entraîner fatigue, troubles de la concentration ou sensibilitée accrue aux infections – augmentant ainsi les risques d’erreurs et d’absences pour cause de maladie.

Dans les petites entreprises, il peut être utile d’encourager les collaborateurs à établir un plan avec leur médecin de famille et, si nécessaire, une consultation de diététique ou diabétologie. Il est utile de prévoir des créneaux horaires pour les rendez-vous. 

Dans les grandes entreprises, il est possible de mettre en place des points de contact internes confidentiels (RH/Gestion de la santé en entreprise) ou une consultation de médecine du travail. 

Comprendre l'hypoglycémie – renforcer la sécurité au sein de l'équipe

Grâce aux traitements actuels, les hypoglycémies sont globalement rares. Elles peuvent toutefois survenir en fonction du traitement médicamenteux (en particulier l'insuline, les sulfamides hypoglycémiants). L’alcool ou un effort physique inhabituel intense peuvent les favoriser.
Au stade initial, on utilise souvent des médicaments qui ne provoquent normalement pas l'hypoglycémie. Certains traitements modernes ont plusieurs effets : certains aident à la perte de poids (p. ex. Ozempic/Wegovy), d’autres soutiennent en cas d’insuffisance cardiaque en favorisant l’élimination du sucre et de l’eau par les reins. Globalement, ils stabilisent la glycémie et améliorent l’action de l’insuline.

Dans le cadre d'une insulinothérapie, les personnes concernées sont formées aux symptômes possibles d'une hypoglycémie, tels que sueurs, tremblements, palpitations cardiaques, troubles de la vision ou confusion. Dans certains contextes professionnels, il est judicieux de sensibiliser également l'équipe (sans donner de détails médicaux sur les personnes concernées) afin que chacun sache clairement comment réagir en cas d’urgence.

Activités liées à la sécurité et travail posté : des règles claires plutôt que des exclusions générales

Pour les activités impliquant des risques particuliers (machines, hauteur, substances dangereuses, trafic, chaleur), des règles spécifiques existent.

Le travail posté et de nuit peut représenter un défi : notre corps aime la régularité et suit une horloge interne. Les repas et le sommeil irréguliers perturbent cet équilibre

En raison du niveau de stress accru, des fluctuations de la glycémie sont plus susceptibles de se produire Pour autant, un diagnostic de diabète ne signifie pas automatiquement qu'il est impossible de faire un travail posté. Les employeurs peuvent faciliter les choses, par exemple grâce à :

  • Pauses et repas fixés
  • Communication anticipée des horaires
  • Rotation des équipes dans le sens « matin → soir → nuit »
  • Offre alimentaire saine

     

Le SECO propose de nombreuses informations et conseils précieux sur le travail posté. 

Conseils concrets pour les entreprises

Comme la maladie se développe souvent sur plusieurs années, les entreprises peuvent soutenir leurs collaborateurs à détecter les risques à un stade précoce et ainsi prendre des mesures correctives à temps. Il s'agit de créer des conditions-cadres, que ce soit par la mise à disposition d'informations accessibles ou d'offres simples, dans le respect de la protection des données et de la confidentialité. Ainsi, l'examen médical et le diagnostic relèvent toujours de la compétence d'un médecin et doivent toujours être effectués sur une base volontaire et confidentielle. Par la suite, des recommandations liées au travail sont formulées sans mentionner de diagnostic.

Les mesures suivantes ont notamment fait leurs preuves 

  • les bilans de santé volontaires (par exemple, contrôle du sang et de l'urine, tension artérielle, poids, analyse corporelle), en tant que mesure de promotion de la santé
  • des séances d'information sur les pathologies et les facteurs de risque
  • la promotion de l'activité physique au quotidien (pauses actives, escaliers plutôt qu'ascenseur, postes debout)
  • une alimentation saine (offre équilibrée à la cantine, options pauvres en sucre)
  • promotion de la consommation d'eau, réduction des boissons sucrées (p. ex. fontaines à eau)
  • mesures de sensibilisation à la gestion du stress, au sommeil et à la récupération. 

 

Le test de risque gratuit proposé par l'Association suisse du diabète constitue un point de départ concret : les collaborateurs peuvent évaluer leur risque à l'aide d'un questionnaire anonyme. De telles mesures peuvent contribuer à prévenir les complications ultérieures et les absences pour cause de maladie. Les programmes et les contenus peuvent être mis en œuvre avec le soutien de l'OFSP, de la Suva ou de Promotion Santé Suisse, par exemple.

Favoriser le dépistage précoce grâce à un bilan de santé en entreprise

Grâce à un bilan de santé médical chez HMS, vous pouvez aider vos collaborateurs à dépister précocement le diabète de type 2.

Conclusion

Un diabète de type 2 bien contrôlé ne limite généralement pas les performances professionnelles. L'interaction entre la responsabilité individuelle des personnes concernées et les conditions-cadres favorables au sein de l'entreprise est déterminante. Les entreprises peuvent contribuer de manière significative à éviter les complications et les absences grâce à des structures favorables à la santé, des processus transparents et une culture de gestion sensible. Des règles claires et une bonne information de l'équipe sont essentielles, en particulier pour le travail postéou les activités liées à la sécurité. Investir tôt dans la prévention, l'information et l'accompagnement médical au travail permet non seulement d'améliorer la santé des collaborateurs, mais aussi de renforcer la stabilité, la productivité et la responsabilité sociale de l'entreprise.

Mitarbeiterfoto Elisabeth Berger

Elisabeth Berger, médecin spécialiste en médecine interne générale et médecine du travail

Elisa Berger est médecin spécialiste en médecine du trafic chez HMS. Elle est chargée d'évaluer l'aptitude au travail dans le domaine ferroviaire, l'aptitude à la conduite dans le domaine routier et, en tant que médecin spécialiste en médecine du travail, elle s'occupe également de questions liées à la médecine du travail. Elle a conseillé l'équipe rédactionnelle dans le cadre de la rédaction de cet article.